données primaires

Données primaires vs factures : ce qui manque à un reporting ESRS E1

Les ESRS E1 exigent une consommation par vecteur, sur le périmètre réel, vérifiable par un tiers. Une facture atteste d’un montant, pas d’un usage : ce qui manque.

Publié le 30 juin 2026 · Christian Selosse, Directeur du service ESG, RSE & DPO, associé fondateur · 8 min de lecture

L’essentiel

  • Les normes ESRS E1 demandent une consommation d’énergie par vecteur, sur le périmètre réel de l’entreprise, avec une méthode et une incertitude documentées.
  • Une facture atteste d’un montant dû à un fournisseur sur un point de livraison ; elle ne dit ni la zone, ni l’usage, ni l’heure, ni ce qui n’a jamais transité par le réseau.
  • Seule la donnée primaire, horodatée et mesurée à la source, tient face à un vérificateur ; la facture reste utile comme pièce de recoupement.

Ce que demandent les ESRS E1

La directive (UE) 2022/2464 (CSRD) impose aux entreprises concernées un état de durabilité intégré au rapport de gestion. Les normes ESRS, adoptées par le règlement délégué (UE) 2023/2772, en fixent le contenu. Pour le climat, c’est la norme ESRS E1.

Deux exigences de publication concentrent l’essentiel du travail sur le bâtiment :

  • E1-5, consommation d’énergie et mix : la consommation totale d’énergie de l’entreprise, en MWh, ventilée entre sources fossiles, nucléaires et renouvelables, en incluant l’énergie renouvelable autoproduite et consommée sur place.
  • E1-6, émissions brutes de gaz à effet de serre : les scopes 1, 2 (en méthode « location-based » et « market-based ») et 3, avec leur intensité.

À ces chiffres s’ajoutent des obligations de méthode. La norme ESRS 1 demande de décrire les sources d’incertitude, les estimations et les hypothèses retenues. Le rapport est soumis à une assurance limitée par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant.

Le calendrier a bougé. La directive (UE) 2025/794, dite « stop the clock », reporte de deux ans l’entrée en application pour les vagues 2 et 3. Le relèvement des seuils (proposition : plus de 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d’affaires) est encore en discussion, sous réserve de l’adoption définitive. Ce report ne change rien à la nature de la donnée attendue.

Ce que « vérifiable » veut dire

Un vérificateur ne relit pas un chiffre, il remonte une piste. Pour chaque valeur publiée, il cherche : d’où vient-elle, qui l’a produite, à quelle date, sur quel périmètre, avec quel traitement entre la source et le rapport. Une donnée qui ne répond pas à ces questions n’est pas fausse. Elle est invérifiable, ce qui revient au même dans un état de durabilité.

Ce qu’une facture dit, et ce qu’elle ne dit pas

Une facture d’énergie est un document comptable. Elle atteste qu’un fournisseur a livré une quantité d’énergie sur un point de livraison, sur une période, pour un montant. C’est précisément son objet, et elle le remplit bien. Le problème apparaît quand on lui demande autre chose.

Ce qu’exige un reporting E1Ce que dit la factureCe que dit une donnée primaire
MailleLe point de livraison (PDL, PCE)La zone, l’étage, l’équipement
PériodeLa période de facturation, parfois estiméeLe pas de temps de mesure, horodaté
UsageAucunChauffage, froid, éclairage, informatique, recharge de véhicules
ProvenanceLe fournisseurLe compteur ou le capteur identifié
Énergie autoproduiteAbsenteMesurée à l’onduleur
Refacturations internesAbsentes ou noyéesSous-comptées et attribuées
Vérification par un tiersLe montantLa mesure, sa chaîne et sa date

Trois limites méritent d’être détaillées.

La facture ne connaît pas le bâtiment

Un point de livraison n’est pas un bâtiment. Un immeuble peut en compter plusieurs : un par preneur, un pour les parties communes, un pour le parking. Un seul point peut aussi alimenter deux bâtiments d’un même site. Le rapprochement entre points de livraison et actifs est un travail en soi, souvent non documenté, que les ESRS ne prennent pas en charge et que la taxonomie européenne (règlement (UE) 2020/852, activité 7.7) suppose acquis.

La facture ne voit pas ce qui ne passe pas par le réseau

L’énergie renouvelable autoproduite et consommée sur place n’est facturée par personne. Elle n’apparaît que si un compteur la mesure. Or E1-5 demande de la déclarer.

La facture estime

Une part des factures d’énergie repose sur des index estimés, régularisés plus tard. Sur un exercice, la somme des factures ne correspond pas toujours à la consommation de l’année civile. Le décalage se corrige, mais il faut le savoir et le documenter.

L’immeuble type : quatre nombres, trois angles morts

Prenons un immeuble de bureaux de 6 500 m² (IPMS 2), cinq étages en flex office, 15 % de parties communes, 2 500 m² sous-loués, un local technique informatique par étage, un parking avec bornes de recharge et du photovoltaïque en toiture. Sur l’exercice, quatre nombres sont relevés.

GrandeurValeur mesuréeCe que montrent les factures
Électricité780 000 kWh, dont 60 000 kWh autoproduits720 000 kWh soutirés au réseau
Gaz300 000 kWh300 000 kWh, sous réserve des index estimés
Réseau de chaleur220 000 kWh220 000 kWh
Surface6 500 m²Aucune

Sur ces bases, trois calculs alimentent trois reportings :

  • Émissions = Σ (kWh × facteur d’émission) × quote-part de l’entreprise dans l’actif.
  • Intensité carbone = émissions ÷ 6 500 m², à comparer à la trajectoire CRREM pour les bureaux.
  • Énergie primaire = Σ (kWh × coefficient de conversion) ÷ m², à comparer au seuil des 15 % du parc national les plus performants (taxonomie, activité 7.7).

Avec les factures seules, le total d’énergie finale s’établit à 1 240 000 kWh, soit 190,8 kWh/m². Avec la mesure, il est de 1 300 000 kWh, soit 200 kWh/m². L’écart de 60 000 kWh est le photovoltaïque autoconsommé. Il n’est pas une erreur de facturation : personne ne le facture.

Trois angles morts restent à traiter, et aucune facture ne les résout :

  1. L’autoconsommation photovoltaïque, à déclarer en E1-5 comme énergie renouvelable autoproduite.
  2. Les bornes de recharge refacturées aux utilisateurs : leur consommation passe par le compteur du bâtiment, mais ne relève pas de l’usage du bâtiment. Les référentiels d’intensité demandent de l’isoler.
  3. Les 2 500 m² sous-loués : l’énergie du sous-locataire n’est pas celle de l’entreprise déclarante, ou pas dans le même scope. Sans sous-comptage, la quote-part est une hypothèse.

Ce que regarde un vérificateur

Une donnée primaire, au sens où nous l’employons, réunit trois propriétés : elle est mesurée à la source (un compteur, un capteur, un automate), horodatée (chaque valeur porte sa date et son pas de temps) et de provenance identifiée (on sait quel appareil, quel protocole, quel opérateur).

Le vérificateur teste ensuite la chaîne entre la source et le rapport :

  • La complétude : quelle part du périmètre est couverte par une mesure, quelle part est estimée, et selon quelle méthode.
  • La continuité : les trous de série (panne de capteur, changement de compteur) sont-ils identifiés et comblés selon une règle écrite ?
  • La cohérence : les totaux mesurés se recoupent-ils avec les factures, à l’estimation près ?
  • L’intégrité : la série a-t-elle été modifiée depuis sa production, et par qui ?

C’est ici que la facture retrouve un rôle. Elle n’est pas la donnée, elle est la pièce de recoupement. Un total mesuré de 720 000 kWh soutirés qui coïncide avec le total facturé, aux index estimés près, renforce les deux. Une facture seule, sans mesure derrière, ne renforce rien.

Ce qui bloque, en pratique

Le blocage est rarement technique. Dans notre expérience, la mesure existe souvent déjà dans la supervision du bâtiment, mais elle n’est ni historisée, ni connectée, ni interrogée. Les obstacles sont ailleurs : un mandat de collecte non signé, un titulaire de contrat introuvable, un bail muet sur les comptages. Ce sont ces points qu’un diagnostic préalable doit lever, avant toute promesse de résultat.

Ce que PoP Data ESG apporte

PoP Data ESG relie chaque exigence de publication (maille, période, preuve) à la donnée primaire qui la porte, puis va la chercher à la source : supervision existante, compteurs, sous-comptage ciblé, sous mandat de collecte. La série est qualifiée, historisée, rattachée au zonage réel du bâtiment, et ses lacunes sont comblées selon une règle déclarée, avec son incertitude. Le jeu de données est ensuite scellé (cachet et horodatage électroniques qualifiés, règlement eIDAS) pour que sa date et son intégrité soient opposables à un tiers.

Les calculs finaux restent conduits par vos équipes, avec vos facteurs d’émission et vos coefficients. Nous ne rédigeons pas votre état de durabilité et nous ne délivrons aucune attestation. Nous livrons la donnée sur laquelle il repose, site par site.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Une facture d’énergie peut-elle servir de preuve dans un reporting ESRS E1 ?

Elle peut servir de pièce de recoupement, pas de donnée. Une facture atteste qu’un fournisseur a livré une quantité sur un point de livraison pour un montant. Elle ne dit ni la zone, ni l’usage, ni l’heure, et elle ignore l’énergie autoproduite.

Qu’est-ce qu’une donnée primaire au sens d’un reporting climat ?

Une valeur mesurée à la source par un compteur, un capteur ou un automate, horodatée, dont la provenance est identifiée. C’est cette chaîne, de l’appareil au rapport, qu’un vérificateur remonte.

Comment déclarer l’électricité photovoltaïque autoconsommée ?

ESRS E1-5 demande d’inclure l’énergie renouvelable autoproduite et consommée sur place dans la consommation totale. Elle n’apparaît sur aucune facture ; elle doit être mesurée à l’onduleur ou par un compteur dédié.

Que fait un vérificateur face à une donnée estimée ?

Il accepte une estimation déclarée comme telle, avec sa méthode et son incertitude. Il n’accepte pas une estimation présentée comme une mesure. La différence se joue dans la documentation, pas dans le chiffre.

Sources

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